Entretien avec Mgr José Avellino Betencourt, Nonce Apostolique au Cameroun et en Guinée Equatoriale

Excellence, avec votre permission, comment vous sentez-vous au Cameroun ? Vous y êtes depuis environ deux ans comme Nonce apostolique.

Merci, tout d’abord pour votre visite. Cette interview est l’occasion pour moi de saluer tous ceux qui nous suivent et de leur souhaiter la bienvenue à la Maison du Pape à Yaoundé. Une Maison qui a accueilli trois fois des Papes et où ils ont vécu des moments très agréables. C’est aussi la Maison des Camerounais. Moi, je suis très content de cela depuis deux ans que j’ai l’honneur d’être le Nonce apostolique au Cameroun.

J’ai eu l’occasion de visiter différentes villes du pays, de Yagoua à Buea, de Bamenda à Yokadouma, et pratiquement celles de toute la région du Centre. J’ai aussi rencontré des Camerounais et des Camerounaises dans différents contextes : des moments de joie, des moments aussi de douleurs bien sûr, car cela fait partie de la vie. J’ai vraiment embrassé ce pays.

J’aime ce pays où j’ai découvert une richesse de cultures et de traditions. J’ai été toujours chaleureusement accueilli partout où je suis allé.

Excellence, quel regard portez-vous sur l’état des relations entre le Cameroun et le Saint-Siège que vous représentez ?

Au niveau des deux États, la République du Cameroun et le Saint-Siège, nous entretenons des relations exceptionnelles, je dirais même, excellentes. Nous avons enregistré beaucoup de visites officielles de part et d’autre. J’étais le Chef de protocole du Vatican lors de la dernière visite du Président de la République, Son Excellence Monsieur Paul BIYA, au Saint-Siège. J’ai eu cet honneur de participer à son accueil et à l’organisation des différentes phases de son séjour. Maintenant, je me trouve ici au Cameroun, dans un pays que les Papes et les Cardinaux ont visité plusieurs fois. En retour, cette Maison est très appréciée de toutes les hautes personnalités, mais aussi des ministres, des sénateurs, des membres de l’Église, soit catholiques, soit de différentes confessions religieuses protestantes et aussi des musulmans.

Your Excellency, you far time, two years in Cameroon already, in your capacity as the Apostolic nuncio, you far time to criss-cross the country to exchange with different class of Cameroonians. We would like to know from you how your appreciation for the Cameroonian people and again the state of relationship after two years, presently, the state of relationship between Cameroon and the Vatican Thank you very much.

The relations between the Republic of Cameroon and the Holy See are excellent and my mission here is to build upon what has already been established from the past so I can only work with what my predecessors and the conditions allow me.

I had the honor of visiting the Northwest Southwest eight times in merely two years of being here.My first three weeks immediately brought me to euh Bamenda and I was able to touch the reality that people live and to take that with me and to try to contribute as much as we could together with the bishops and the church and the ecumenical community and the interreligious community as well as the other institutions in order to try to look to a future with greater hope.

Je voudrais que l’on aille un plus loin dans cette question, avec votre permission. Qu’est-ce qui, d’après vous, justifie l’excellence des relations entre le Cameroun et le Saint-Siège. S’agit-il de la diversité culturelle du Cameroun ou alors cela procède-t-il de la qualité du Chef de l’État qui, comme vous le savez, est un chrétien catholique de formation et de pratique quotidienne ?

J’ai eu l’honneur de m’entretenir avec le Chef de l’État, Son Excellence Monsieur Paul BIYA, trois fois en deux ans. Je l’ai aussi rencontré lors des cérémonies de présentation des vœux. Chaque fois que je l’ai approché personnellement, je me suis senti en présence de quelqu’un qui me voit dans la complétude de ce que je représente comme personne, mais aussi comme institution. Et j’ai toujours été accueilli avec une grande chaleur. Nous avons des rapports très cordiaux. Je suis vraiment très reconnaissant envers le Président de la République. Au Cameroun en général, j’ai eu droit aux mêmes marques de considération.

Au niveau de la diplomatie, parce que je suis quand même diplomate, la force de la diplomatie du Saint-Siège, ce sont les fidèles de l’Église. Ce sont eux qui sont le corps et les bras de l’Église sur le terrain. Si aujourd’hui notre diplomatie au Saint-Siège est remarquée, c’est grâce à la grandeur des fidèles camerounais. Pour notre part, nous essayons d’être à côté d’eux pour les encourager, les appuyer dans ce qu’ils font pour ce pays, soit dans le domaine de l’éducation, soit dans le domaine de la santé ou du développement.

Alors, je crois que les relations entre le Saint-Siège et le Cameroun sont exceptionnelles, excellentes, et moi, j’ai la volonté de continuer à construire toujours mieux dans cette expérience qu’on a vécue ici au Cameroun.

Your Excellency, eleven years after signing the framework agreement between the Vatican and Cameroon, that was in 2014, in January 2014.Cameroonians who want to know the balance sheet of this agreement signed between the Vatican and Cameroon.

But before then, some Cameroonians think that the leadership quality of President Paul Biya accounts for this strong, very strong bilateral relations existing between the Vatican and Cameroon.What are your thoughts about that ?

Well, just to address the last point, in fact, we have had, as I said, exceptional relations with the head of state who understands Cameroonians, understands the different needs of the different denominations and religious traditions.

And we too, in the Catholic Church, have found this kind de understanding.Of course, what we do in Cameroon as a catholic church is not limited to Catholics.It is available to everyone, of any ethnic group, of any language, of any religion.

So our schools and our hospitals are indeed services that are available to everyone.So, in that way, we see ourselves as partners in the building of a nation and in development.So, our agreement, which was signed in 2014, was really a recognition of this service that the church was doing to the nation.

It was not that the church seeks any privileges at all.What we seek was a stabilité in order to be able to better serve.And with the independence of the nation, of course, there was a lot of things that had to be made, laws and things.

And so we found ourselves in a little bit of a vacuum as far as to the standing of the church.And so the Accord Cadre, the framework agreement, gave us just that juridical framework where we could better cooperate and do more in the way de l’éducation, en health care, en culture, en développement, dans tous les secteurs où l’Église, en tant qu’institution universelle, peut apporter bénéfice à toute la Cameroun, peu importe la religion, l’ethnie ou le région d’où ils viennent.

This is what we see, this is our vision as well, and it was one that was understood clearly by the head of state.Excellence Monseigneur José Avelino Betancourt, vous venez de le souligner, l’accord-cadre signé entre le Cameroun et le Saint-Siège constitue un marqueur dans la relation entre les deux institutions, entre les deux États.

À l’heure du bilan, maintenant que nous sommes entrés dans la onzième année de cet Accord-cadre, quel est le point saillant que l’on peut retenir en termes d’évaluation ?

Nous reconnaissons qu’un grand pas a été fait. Le Saint-Siège a conclu 19 Accords-cadres en Afrique avec différents pays. Le premier était le Gabon. Nous avons conclu des Accords-cadres avec des pays de tradition musulmane, par exemple le Tchad. C’est donc dire que nous ne nous limitons pas aux seuls pays d’obédience chrétienne. Nous sommes ouverts à tout pays qui veut entretenir et approfondir des relations avec le Saint-Siège.

Au Cameroun, je crois qu’on a fait des pas très importants. Comme tout Accord, après quelques années, on peut le regarder de nouveau, en tenant compte du contexte présent pour voir comment on peut l’améliorer, parce que c’est toujours un travail en évolution.

C’est le sentiment général qui prévaut au sein de l’Église catholique ici, parmi les évêques, les prêtres. On aimerait évoluer dans cet Accord-cadre. Je constate une compréhension, une ouverture pour revoir ce qui peut se présenter.

Quel est le point, selon vous, qui pourrait être amélioré?

Les points forts de notre coopération, c’est l’éducation et la santé, qui sont des secteurs fondamentaux en termes de besoins. A Rome, nous avons l’un des meilleurs hôpitaux du monde pour les enfants. C’est un hôpital unique en Europe. L’on pourrait toujours partager l’expertise et l’expérience de cette institution avec le Cameroun. Il y a des choses qu’on peut bien partager réciproquement.

Donc, il s‘agirait de revoir des choses, soit dans le secteur de l’éducation, soit dans le secteur de la santé, pour ne parler de ces deux secteurs importants.  

.Excellency, let’s talk about the post-synodal exhortation, Ecclesia in Africa, which was promulgated by Pope John Paul II.

Today, Saint John Paul II, in 1995, when he came visiting.We understand it’s the first time an important document of that nature was signed or promulgated outside the Vatican.Let’s have a balance sheet.

What would be your appreciation 1995 to today, after the post-synodal exhortation by John Paul II.How has it contributed in the growth of the church that advocates for peace, unity and the welfare of mankind.

Thank you very much. Le Synodon Africa was a very important moment for the church, not just for Africa, but in the world.It was an important gathering of bishops in the Vatican.It was an important moment when John Paul II came and signed this document here, in this house, on the desk that I work on every day.

And the bishops of the continent came to Yaoundé.So it was a continental event.And it was an event that drew the attention of the world, not just the ecclesiastic world, but of the world.It was the first time that a document was signed outside of the Vatican and it was signed right here in this historic city of Yaoundé.

The Ecclesia in Africa in 85 and then in 95, when Pope Benedict also came, was seeking to follow up and to develop on what was already here and to consolidate the evangelization efforts, the missionary efforts to share the different experiences of the African church.

There was a consciousness that the Church of Africa was no longer the church of 50 years previous.It was a different church.It was a church that was growing and had much to offer.And so it required to be to look at it in realistic terms.

Today, the Church in Africa is a church that has many structures, has many services.Just here, I look in Cameroon, we have 26 dioceses, we have over 300 congregations with different charismas.Et so, it was truly a coming of age, if you like.

And I think that the evangelisation and the mission area spirit in Africa has consolidated itself and continues to grow In your words, you’re saying satisfactory.It is an organic institution.Il y a toujours la room to improve.

That is the human nature of things.But we are concentrated in Jesus Christ, we are concentrated in the word of Christ, and we are concentrated in incarnating, witnessing to that which Christ gave us and is the deposit of faith in the Church.And is also very real and true here in Africa.

Excellence, permettez que j’insiste sur ce sujet, 30 ans après la promulgation de l’exhortation apostolique post-synodale, Ecclesia in Africa, qu’est-ce qui a changé dans la mission de l’Église en Afrique particulièrement ?

Le Cameroun a joué un rôle très important lors du synode des évêques d’Afrique ayant produit ce document. Et c’est ici à Yaoundé que le document a été signé en 1995 par le Saint Pape Jean-Paul II, dans cette Maison, dans le bureau où je travaille chaque jour.

Ce document découle d’une prise de conscience de la grandeur d’une Église qui veut toujours grandir. Au Cameroun, nous comptons aujourd’hui 26 diocèses, plus de 300 congrégations religieuses, chacune avec son charisme, qui sont au service des fidèles chrétiens, mais aussi de la Nation.

Les documents issus du synode pour l’Afrique étaient une prise de conscience et un regard sur le futur de la mission évangélique de l’Église pour pouvoir servir la Nation et le peuple. L’Église est une institution organique en perpétuelle évolution. Aujourd’hui, elle fait face à de nouveaux défis comme l’intelligence artificielle. C’est une chose qui n’existait pas au temps du Synode.

Excellence, de quel message le Pape Léon XIV peut-il être porteur à l’intention de l’Église qui est au Cameroun ?

Comme vous le savez, le Pape Léon XIV a été élu le 8 mai 2025. J’ai eu la bénédiction de le rencontrer par trois fois et même de parler avec lui dans sa bibliothèque privée. C’est clair qu’il envoie son Nonce apostolique dans un pays et quand le Nonce va le rencontrer, il représente un peu le pays où il est en mission.

Je n’ai pas manqué de parler au Pape de mes expériences au Cameroun et de lui présenter ce pays presque unique sur le continent. L’Afrique compte cinquante-quatre États, et parmi ces cinquante-quatre pays, seul le Cameroun s’étend de l’Atlantique au Sahara, et compte au moins sept pays voisins. Ce pays traverse des difficultés dans le Nord-Ouest et le Sud-ouest, il fait face à la menace Boko Haram dans sa partie septentrionale, il accueille des milliers de réfugiés fuyant l’insécurité et les conflits dans les pays voisins. Par ailleurs, le Cameroun se singularise par son caractère bilingue, avec l’anglais et le français comme langues officielles ; c’est un pays dont les populations ont un extraordinaire esprit d’accueil, de joie et d’espérance.

Alors, je crois qu’une visite du Saint-Père, c’est un moment de grande bénédiction.

Your Excellency Cameroonians are expecting the coming of the two hundred and seventy-seventh, two hundred and sixty-seventh Pope, Pope Leo XIV…And Cameroonians are expecting this visit with plenty of excitement.At this point, could you give us a picture of the relations or your appreciation of the relation of the state of Cameroon and the church, not only the Catholic Church, but other churches, Presbyterians, Baptists, the Muslims, you know.

The state of relations that you’ve had time to look at between the state of Cameroon and the churches in Cameroon.And how…What would be the message of the Pope, Pope Leo the Fourteen, to these Cameroonians who are expecting him with plenty of excitement ?

Thank you very much.Well, the first words that Pope Leo pronounced when he was elected and presented himself on the balcony of St.Peter’s in Rome was: Peace be with you.And we have, over the months, heard these words over and over about peace.

He’s been concerned with areas of conflict all over the world.Il spoke words of peace to Cameroon a couple of months ago when some hostages were taken in the region of Bamenda.So-Et le bringing people together to dialogue, to reconcile and to peace and to be united are very very important.

I am the representative of Pope Leo XIV in Cameroon.And since I arrived here two years ago, I have made strives to meet all sectors of society.In fact, one of the first things that I did was request a meeting with the traditional leaders and ask their indulgence, their permission to live amongst them.

Out of a sign of respect for tradition and the people that traditionally have always held leadership roles.I have gone out to meet with different religious leaders, be it of Christian communities as well as the Muslim communities.

I’ve had the pleasure and the honor of hosting them here as well at the Apostolic Nunciature, the house of the Holy Father.I see the Nunciature as a place of gathering, a place of dialogue, a place that fosters and encourages reconciliation et unity in the whole nation.

So, I, it is a home.And being a home, everybody has to find their place in that home.And so I see myself in that role as the Holy Father’s representative, one who would certainly be faithful to the mission that he has been entrusted to him, in which in some way I share, and it is a mission grounded in the message of Jesus Christ.

 Monseigneur, l’Église sort à peine du jubilé de l’espérance, alors que le Cameroun inaugure le septennat des Grandes espérances. Comment interprétez-vous ce signe des temps ?

La conclusion d’un chapitre est toujours le début d’un autre chapitre. On a célébré l’année de l’espérance proclamée par le Pape François. Et ici aussi, à la Nonciature, nous célébrerons cette année 2026, le 60ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre le Cameroun et le Saint-Siège. On a pensé que pour célébrer cet anniversaire, il faudrait lancer un appel aux jeunes, parce que comme vous savez bien, l’âge moyen au Cameroun, c’est 19 ans. J’ai l’honneur d’annoncer à travers vous, qu’on aura ici une petite exposition de la Garde suisse. La Garde suisse est le corps militaire le plus ancien au monde, il est vieux de 530 ans. Mais pourquoi la Garde suisse, parce que ce corps promeut des valeurs, il porte une mission qui est au-delà de nous-mêmes, une mission de service.

Nous avons besoin d’inspirer les jeunes pour qu’ils se sentent accompagnés. Je sais que c’est une grande préoccupation du Chef de l’État. Dans l’Église, les évêques partagent cette préoccupation.

L’espérance concerne tous les membres de la société surtout les jeunes, qui constituent la frange la plus importante de la population du Cameroun. Le Cameroun est un pays plein de talents, de ressources, de capacités…N.B. Cet entretien du Nonce Apostolique a été accordé à PRC TV, la télévision de la Présidence de la République.

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